Piano 9

Piano 9

8,00 €
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Année 1995

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Éditorial
Piano, rêve et légende
A l’affiche
Le regard d’Idil Biret
Sviatoslav Richter : le dernier des seigneurs
Michelangeli, le soleil noir
Souvenir de Wilhelm Kempff
Les Scènes d’enfants de Schumann
Scriabine
L’âge d’or du piano français
Jean-Philippe Collard joue Fauré
Le piano français et l’impressionnisme
Les concerts de piano à Paris il y a 100 ans
Samson François, “le passant qui rêvait tout haut”
1945-1970 : le piano dans tous ses éclats
Jazz
Martial Solal, “all the jazz”
Comment aborder le piano jazz
Saison et interprètes
Souvenirs
Les maîtres du piano roumain
Clara Haskil, lumière et mystère
Dinu Lipatti, l’ange foudroyé
L’école roumaine de piano
Radu Lupu, le lyrisme intérieur
Andreï Vieru, l’autodidacte
Le piano au Conservatoire de Paris
La transmission du savoir
Entretien avec Marc-Olivier Dupin
Yvonne Lefébure
Rose-Aye Lejour
La leçon de piano
Les signes musicaux chez Beethoven
Le “Mikrokosmos” de Bartok
Les 12 règles d’or du professeur de piano
Concours nationaux et internationaux
A l’aube de l’écriture pianistique : John Bullpar Vina
L’instrument piano
Musique et voisinage
Les pianos de salon : tous les petits pianos à queue
Partitions, livres et disques
Paul Hindemith
Treize éditions des “Scènes d’enfants” de Schumann
Interviews
Pierre-Laurent Aimard, Paul Crossiey, Gérard Frémy, Marc Laforet, Claire-Marie Le Guay, Gerhard Oppitz, Kun Woo Paik, Cécile Ousset, Vlado Perlemuter, Muza Rubackyte


Piano, rêve et légende

La légende, c’est une réalité si belle qu’on finit par l’enrober d’un voile merveilleux, au point qu’elle devient lointaine et presque surnaturelle. A l’heure où le réel paraît si plat et si triste, la musique vient à point pour assouvir notre soif de rêve. Compositeurs, pianistes et œuvres de légende, tel pourrait être le fil conducteur de ce numéro.
Les pianistes de légende sont en général des pianistes très âgés ou morts qui nous laissent en héritage leur renommée et des témoignages discographiques. Certains, cependant, entrent vivants dans la légende. Après la mort récente d’Arturo Benedetti Michelangeli, seigneur de la couleur et de la sonorité (p.18), il nous reste Sviatoslav Richter à qui nous consacrons notre tête d’affiche (p.7).
En France, sont aussi entrés dans notre légende, Samson François, météore, ange de feu, qui a fait mentir le lieu commun sur la mesure et la clarté raisonnée du tempérament français (p.54) et la grande pianiste pédagogue Yvonne Lefébure, qui marqua la vie et l’art de tant de grands pianistes (p.124). Dans le monde des vivants, on citera Vlado Perlemuter, 91 ans, qui fut l’ami de Gabriel Fauré et travailla avec Maurice Ravel (p.207).
La Roumanie, pays de la liturgie byzantine, des “horas” et “doïnas” des bergers des Carpathes, a donné au monde Clara Haskil (p.98) et Dinu Lipatti (p.101) et compte, parmi les pianistes vivants, Radu Lupu, entré déjà dans la légende pour sa rigueur, son perfectionnisme, son goût de la solitude et son refus de la médiatisation… (p.113). La jeune école de piano roumaine a fait ses preuves (p.97) et compte aujourd’hui de nombreux talents comme Andreï Vieru (p.114).
Œuvres de légendes. Ce sont les Scènes d’enfants de Schumann, composées pour des enfants mais que seules les grandes personnes peuvent jouer, parce qu’elles doivent y mettre toute l’expérience, la douleur et les joies d’une vie pour revivre la part d’enfance qui reste au fond de chacun de nous. Nous avons mobilisé treize pianistes (plus un) pour nous parler chacun d’une des treize pièces de ce cahier (p.23). Et Jean-Claude Pennetier pour toutes ! (p.33).
Cloches et “tintinnabulations”, filles aux cheveux de lin, miroirs, larmes d’or : le piano français du “tournant” du siècle, Fauré, Debussy, Ravel, est en soi légende, avec ses sonorités, ses couleurs, ses mirages impressionnistes (p.40). Couleurs et sonorités neuves, aussi, dans l’œuvre mystérieuse du “poète de l’extase”, le compositeur russe Scriabine (p.35).
Au tout début de l’ère pianistique, on trouve les mythiques virginalistes, lointains précurseurs du piano, comme l’anglais John Bull (p.156). Au 20e siècle, on s’aperçoit que, pendant la période pure et dure de l’atonalisme-roi, entre 1945 et 1970, le piano a été “dans tous ses éclats”, avec des compositeurs qui font déjà partie de la légende du siècle, comme John Cage, Stockhausen… et Pierre Boulez (p.59).
Pour avoir accès à ces œuvres, il faut revenir au réel, et travailler ! Comment enseigne-t-on les moyens de devenir ce que l’on est au Conservatoire de Paris (p.115), conseils d’Eric Heidsieck pour l’interprétation des “signes” dans les sonates de Beethoven (p.128), étude du Mikrokosmos de Bartok (p.132).
Il faut aussi choisir son piano. Cette année, nous faisons le tour des petits pianos à queue, dits “pianos de salon” (p.167) et de toutes les nouveautés du marché (p.176).
A lire aussi, la chronique de jazz, avec le grand pianiste Martial Solal (p.73), le répertoire des disques parus dans l’année, un auteur inconnu à découvrir. Manuel Blancafort (p.186). A découvrir aussi, le compositeur allemand Paul Hindemith, encore si mal connu en France, qui naquit il y a cent ans (p.182).
Michèle Worms