Piano 6

Piano 6

8,00 €
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Année 1992

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Éditorial
La parole aux pianistes
A l’affiche
Glenn Gould ou l’art de l’invention
Glenn Gould à travers la discographie
Glenn Gould, un portrait littéraire
Maurizio Pollini et la modernité : débat entre Alain Lompech, Maryvonne de Saint-Pulgent, Vincent Rouillon
Georges Pludermacher
L’Ecole brésilienne de piano, avec une interview de Nelson Freire
Les sonates de Scarlatti, avec une interview de Christian Zacharias
Histoire
Le piano forte
avec une interview de Malcolm Bilson
Sur quel piano jouer Chopin ?
A la recherche du son perdu
Marcel Proust : éloge de l’amateur
Ricardo Vines et Gonzalo Tintorer
Souvenir, Souvenirs…
Yves Nat
Gaby Casadesus raconte…
Saison et interprètes
avec des interviews d’Abdel Rahman El Bacha, Alexander Paley et Gary Graffman
Musiques du 20e siècle
York Bowen
L’œuvre pour piano de Darius Milhaud
Six petites pièces d’Arnold Schoenberg
Thelonious Monk, pianistes de jazz, avec des interviews d’Henri Renaud, Jacques Castérède et Hervé Billaut
Journal de bord d’un compositeur par Vincent Rouillon
Maîtres et élèves
Mais qui était Hanon ?
Heinrich Neuhaus
Professeurs de conservatoires
avec des interviews de Laurent Cabasso et A.M. de Lavilléon
Que faire d’un enfant doué
Le travail quotidien du piano
Le vocabulaire de la leçon de piano
Déchiffrer avec le cerveau droit
Doit-on jouer par cœur ?
Concours nationaux et internationaux
Le marché des pianos à queue
Nocturnes de Chopin : les éditions au banc d’essai
Partitions, livres, disques


La parole aux pianistes

II est temps de donner la parole aux musiciens.
Comme le dit Daniel Barenboïm dans un livre qui vient de paraître : « Nous autres musiciens, sommes constamment aux prises avec des gens qui vivent à la périphérie de la musique : agents, managers, administrateurs, membres du grand public, critiques. La musique est un sujet sur lequel chacun pense avoir le droit d’exprimer une opinion… Je ne connais pas d’autre profession dans laquelle les gens se sentent ainsi appelés à donner leur avis sur tout et sur n’importe quoi » (p.184).
On dit que les musiciens n’ont rien à dire. C’est faux. Outre la joie qu’ils nous donnent quand nous les écoutons, tous ont quelque chose à nous apprendre, à nous transmettre. Et d’abord le souci de l’authenticité de l’interprétation, fût-ce au détriment du « beau piano ». Ainsi Glenn Gould, mort il y a tout juste dix ans (p.5). Il disait avec mépris, lorsqu’il n’aimait pas l’un de ses enregistrements : « II y a là-dedans beaucoup de jeu pianistique », rejoignant Yves Nat, qui s’écrie : « Tout pour la musique, rien pour le piano ! » (p.69). Robert Casadesus, lui, n’avait pas peur de l’authenticité puisqu’il enregistrait sous le nom de Ravel, à sa demande, les œuvres que le compositeur lui-même jugeait trop difficiles pour les jouer lui-même ! (p.71)
Authenticité, mais aussi transparence de l’interprète : c’est le principe de Maurizio Pollini, qui le fait parfois taxer de « froideur » et de « modernisme ». Il dit simplement : « J’ai toujours pensé agir librement » retournant aux sources, recherchant, au travers des indications métronomiques de Beethoven, son « énergie bouleversante » (p.18). A quoi Georges Pludermacher fait écho : « Je respecte la violence propre du discours musical », violence qui peut être si présente chez Mozart (p.27). Violence, mais aussi plaisir, un plaisir qui, selon Nelson Freire, « n’est pas toujours gai » (p.35). Plaisir et rythme de cette école brésilienne qui rejoint parfois les pianistes de jazz (p.101).
Parmi tous ces pianistes se trouvent les Maîtres, ceux qui transmettent une tradition et un savoir. Hanon, en guise de clin d’œil ? Et pourquoi pas ? Avouons le plaisir d’enfiler l’un après l’autre, pour le seul plaisir des doigts, ses fameux exercices ! (p.112). Maître dans le plus beau sens du terme : c’est Heinrich Neuhaus (p.115) qui forma, outre Guilels et Richter, des générations de jeunes Soviétiques, tous plus musiciens les uns que les autres (p.115). Maîtres aussi, ces professeurs des conservatoires et écoles de musique, de Laurent Cabasso à Gérard Frémy, qui cherchent, selon le mot de ce dernier, « par-delà les questions d’école, à donner aux jeunes pianistes les moyens qui leur permettent de devenir un jour eux-mêmes » (p.16). Les compositeurs sont nos maîtres. Ainsi Domenico Scarlatti. Christian Zacharias confie avoir appris de lui « une certaine modestie devant la musique » (p.40). Et aussi Milhaud (p.94), Schoenberg (p.98), Jacques Castérède (p.104), le pianiste anglais York Bowen (p.90)…
Que faire de cet enfant doué qui veut faire du piano ? (p.126) Deviendra-t-il professionnel ou bon amateur, comme le paresseux lecteur-déchiffreur de Marcel Proust ? (p.61). A lui de travailler en suivant les conseils de Chopin (p.131) et en choisissant, par exemple pour les Nocturnes, les parutions selon son goût (p.173).
Pianos, pianos ! Pianofortes (p.48), pianos à rouleaux et pianolas (p.57), pianos romantiques aussi, dont Cyril Huvé nous raconte comment Chopin en usait « selon son humeur » (p.54). Et tous les pianos à queue, du “crapaud” au piano de concert (p.154), avec leurs caractéristiques et leurs prix. A vous de choisir !
Daniel Barenboïm déclare : « Je pense que, pour ceux qui font de la musique, il est essentiel de savoir écouter les autres. Lorsqu’un seul musicien joue, un pianiste par exemple, il faut que les mains s’écoutent, que chaque doigt écoute ce que font les autres… » PIANO n’a d’autre ambition que d’être à l’écoute des artistes, comme le pianiste qui écoute chaque doigt de sa main. C’est pourquoi de très nombreux pianistes, amateurs, professionnels, professeurs, stars… participent à ce numéro.
Michèle Worms