La Lettre du Musicien n°432

La Lettre du Musicien n°432

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mai 2013 — première quinzaine

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Au sommaire du n° 432

Quand les musiciens font leur cinéma

Richard Wagner, compositeur démiurge

La fin de carrière du musicien, une étape difficile à gérer

L’Opéra de Dijon condense le “Ring” pour sa prochaine saison

Gauthier Borsarello, un musicien dans une maison de ventes aux enchères

Les enjeux de l’enseignement supérieur de la musique (2)

Quels conservatoires pour le 21e siècle ?

La limite d’âge des enseignants artistiques

La déclaration de revenus 2013

Et nos rubriques habituelles : actualités, courrier, international, agenda et vie des artistes. Annonces de concerts. Nouveautés instruments, partitions, livres, CD, DVD. Stages, concours, classes de maître, manifestations dans les conservatoires…

32 offres d’emploi dans le numéro 432

Les annonces ne figurent pas toutes sur le site, la plupart ne se trouve que dans la version papier.

Stress et annulations

Le chef d’orchestre Antonio Pappano, directeur musical de Covent Garden, s’en est pris récemment, dans The Guardian, aux chanteurs d’aujourd’hui qui annuleraient pour un oui ou pour un non. Le maestro italien avait été échaudé, il est vrai, par des annulations successives qui ont affecté les représentations londoniennes de Robert le Diable de Meyerbeer. Et de faire référence à Placido Domingo, dont « il aurait fallu qu’il soit sur son lit de mort » pour qu’il annule.
C’est un mauvais procès fait aux chanteurs d’aujourd’hui. Par le passé, bien des grands artistes étaient réputés pour avoir l’annulation facile : Jon Vickers, Teresa Stratas, Montserrat Caballé… Mais, surtout, les chanteurs – et, d’ailleurs, l’ensemble des musiciens solistes – sont bien plus exposés au stress qu’ils ne l’étaient il y a encore quelques années.
Les moyens de transport sont plus rapides et ne ménagent aucun répit aux artistes (quand Caruso allait chanter à New York, il empruntait un paquebot) : ceux qui mènent des carrières internationales doivent en permanence composer avec le jetlag et la climatisation des avions, des hôtels… En outre, les salles de concert sont plus vastes, les orchestres plus sonores, le diapason plus haut, comme l’a rappelé le ténor Joseph Calleja sur son blog, en réponse à Antonio Pappano.
Source de stress supplémentaire, le moindre accroc, le plus petit incident est enregistré, photographié, filmé par les téléphones portables, “tweeté” dans la seconde, mis en ligne sur Facebook dans la minute et fait ainsi le tour de la planète en quelques heures ! L’image ou la vidéo est aussitôt dupliquée sur des centaines de sites, téléchargée sur des milliers d’ordinateurs. Elle ne s’effacera plus et suivra à jamais le malheureux interprète.
Il faut compter aussi avec le développement des retransmissions en direct des opéras dans les salles de cinéma du monde entier ou à la télévision. Là, pas de droit à l’erreur, la fausse note sera entendue par des millions de spectateurs qui pourront tout aussi bien voir, en gros plan, la sueur sous le maquillage, le coup d’œil – hagard ou furieux – en direction du chef pendant le duo d’amour…
Alors oui, les chanteurs, mais aussi les pianistes, les violonistes… annulent parfois. Certains, peut-être, avec un peu de légèreté. Mais pour l’immense majorité d’entre eux, ce n’est jamais de gaîté de cœur, mais parce qu’ils ont le souci de se montrer au public sous leur meilleur jour, de servir au mieux la musique. Comment leur en vouloir ?
Et puis, les annulations ont parfois du bon. Lorsque Marylin Horne, qui devait chanter Lucrèce Borgia de Donizetti au Carnegie Hall de New York en 1965, avait annulé sa participation au concert, cela avait propulsé une jeune inconnue sous les feux de la rampe. Elle s’appelait Montserrat Caballé…
Philippe Thanh