La Lettre du Musicien n°460

La Lettre du Musicien n°460

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mars 2015 — première quinzaine

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La Lettre du Musicien n°460 - version papier - 5,50 €
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Eglise, théâtre, plein air… composer avec l’acoustique

Chœurs amateurs vs professionnels

L’oreille absolue mythe et réalité

En Ardèche, une école tout-terrain

L’insuffisance professionnelle quelle définition pour les enseignants artistiques ?

Un guichet unique pour le spectacle occasionnel

18 offres d’emploi dans le numéro 460

Appelons un chat un chat

Une étude publiée à l’occasion du dernier salon Musicora pointe, une fois de plus, le vieillissement du public (moyenne d’âge : 61 ans) et l’absence de mixité sociale (revenu mensuel moyen du foyer : 5 600 euros) qui prévaut dans les salles de concerts.
On relativisera d’abord en rappelant que si le public ne se renouvelait pas, il y a belle lurette que les salles seraient vides, faute de combattants, étant donné que cela fait une bonne vingtaine d’années, sinon plus, que l’on se plaint de ne voir au concert que des vieillards ! On continuera de relativiser en soulignant le travail pédagogique constant que mènent les institutions musicales – salles, orchestres, ensembles… – pour faire découvrir la musique classique à de nouveaux publics. Elles le font avec d’autant plus d’enthousiasme que, bien souvent, les subventions dont elles bénéficient sont étroitement liées à ce type d’actions.
Cependant, malgré la bonne volonté de musiciens envoyés dans les écoles et collèges de banlieues forcément difficiles, tout cela s’apparente à un cautère sur une jambe de bois. Combien de ces enfants vont, devenus grands, écouter l’orchestre de leur ville, acheter des places d’opéra, aller à un concert de musique de chambre, voire devenir musiciens ?
Les racines du mal sont profondes. Dans une société où les parents, eux-mêmes coupés de la pratique musicale, ne la transmettent plus à leurs enfants, dans une société qui a exclu l’enseignement de la musique de l’Education nationale, qui considère qu’est élitiste tout ce qui n’est pas populaire, qui a quasiment fait disparaître la musique classique des grands médias, on ne s’étonnera pas de voir les salles de concert remplies essentiellement d’un public âgé et aisé.
Avoir supprimé la musique des programmes scolaires, c’était la réserver à ceux qui ont les moyens de la faire connaître et pratiquer à leurs enfants hors du cadre scolaire. C’était aider à la reproduction d’un modèle élitiste.
Alors que s’est ouverte la Philharmonie de Paris, on souhaite à cet équipement aux grandes ambitions pédagogiques de contribuer à faire évoluer la situation. Mais cela ne concernera qu’une partie de la région parisienne. Quid du reste de la France ?
Appelons un chat un chat. Combien y a-t-il de Noirs dans le public d’une salle de concert aujourd’hui ? Verra-t-on dans dix ou vingt ans un public “black-blanc-beur” écouter Berlioz, Debussy ou Escaich ? Verra-t-on des orchestres compter la même proportion de personnes “issues de la diversité” qu’il y en a dans l’ensemble de la société ? Verra-t-on des solistes venus des cités donner des récitals sans qu’on les considère comme des oiseaux rares et qu’on s’intéresse moins à leur art qu’à leur parcours social ?
Vraiment, il serait grand temps de remettre la musique au cœur de la société et de notre système éducatif.

Philippe Thanh