La Lettre du Musicien n°466

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juillet-août 2015

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Pour 22 francs…

Oui, les collectivités locales reçoivent de moins en moins d’argent de l’Etat ; oui, les conservatoires représentent un budget important pour les finances locales ; oui, l’apprentissage de la musique demande des efforts… Mais non, ce n’est pas aux conservatoires qu’il faut s’attaquer sous prétexte d’économies à réaliser.
Invité par François de Mazières, le député-maire de Versailles, à prendre la parole lors du colloque qu’il organisait à l’Assemblée nationale (voir p. 39) sur l’avenir des conservatoires, voici ce qu’a déclaré le chef d’orchestre Hervé Niquet :
« Fils d’agriculteur, mon père, représentant en aliments pour bétail, a un jour rapporté à la maison un vieux piano déglingué trouvé dans une ferme, en déclarant à ma mère : “Mets le petit à la musique !” Cela m’a valu, après quelques tâtonnements et quelques cours, d’être inscrit au conservatoire d’Amiens, où les droits d’inscription se montaient à l’époque… à 22 francs.
« Là, j’ai eu la chance de ma vie : ma professeur de piano, ex-soliste de l’ORTF, avait été l’élève de Maurice Ravel, de Marguerite Long et camarade de classe de Samson François. Et moi, qui arrivais de ma campagne, moi qui ne connaissais ces noms que par les livres d’histoire de la musique, je travaillais sur les partitions de ma professeur, partitions annotées de la main de Ravel ! C’est-à-dire qu’il n’y eu quasiment aucun intermédiaire entre Ravel et moi. Voilà quelque chose qui n’a été possible que grâce au conservatoire… à 22 francs le droit d’inscription !
« Par la suite, je suis allé à Paris où j’ai accompagné le ballet à l’Opéra avec des maîtres de ballet qui avaient connu Serge Lifar. Plus récemment, j’ai fait la connaissance d’une mécène, Nicole Bru qui a transformé un palazzetto vénitien en centre de recherche pour la musique romantique française. Aujourd’hui, j’enseigne dans toutes les universités du monde, je dirige le Concert spirituel que j’ai fondé il y a trente ans, je suis premier chef invité du Brussels Philharmonic… Et je me dis que rien de tout cela ne se serait produit sans le conservatoire où j’ai été inscrit… pour 22 francs.
« Avec Le Concert spirituel, nous rentrons d’une tournée en Chine et en Corée où nous avons donné le Requiem de Pierre Bouteiller, et des motets d’Henri Frémart, Pierre Hugard et François Pétouille… Autant dire que, si nous avons rempli les salles, ce n’est pas sur le programme de ces concerts mais sur la réputation de la culture française que les conservatoires contribuent largement à préserver et à diffuser. »
On ne saurait mieux dire. Voilà ce qu’offrent aujourd’hui encore les conservatoires aux enfants qui en franchissent les portes : le contact avec de grands artistes, la découverte d’un immense patrimoine. Ces propos d’Hervé Niquet valent tous les discours et si les décideurs politiques, notamment les maires qui tiennent dans leurs mains le sort de leur conservatoire, ne les entendent pas, il faut qu’ils changent de métier.

Philippe Thanh