La Lettre du Musicien n°484

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octobre 2016 — deuxième quinzaine

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Plaisir et soucis

La saison dernière a été très difficile pour les musiciens et les ensembles (voir LM 482). A la suite des attentats, de nombreux événements ont été annulés. Il y eut des dédommagements, mais pas pour les intermittents. Certains ne sont donc pas parvenus à atteindre leur quota d’heures, une situation évidemment catastrophique.
Avec la perspective des élections présidentielles et législatives dans un climat agité, on peut s’attendre à ce que la saison 2016-2017 ne soit pas meilleure. Elle a déjà commencé par une catastrophe : l’incendie du théâtre Mogador à Paris où devait être représentée une comédie musicale à grand spectacle (voir Actualités). Il prive de leur travail 150 intermittents!
Pendant ce temps, pour les ensembles indépendants, la situation se dégrade. Au ministère de la Culture, on leur explique qu’il faut aider aussi les arts de la rue, la musique populaire, la gastronomie… et on diminue les subventions. Malgré tous les efforts de sensibilisation dans les écoles, la réussite des orchestres de jeunes, des programmations originales, la musique classique rejoint le grec, le latin ou l’allemand jetés aux oubliettes par le ministère de l’Education.
Reste le mécénat. Il existe toujours, heureusement. Mais pour combien de temps ? Donner doit être un plaisir. Or, comme nous l’a confié récemment un mécène : « J’agis pour l’amour de la musique, pour le plaisir de la voir vivante, interprétée par des musiciens que j’admire. Mais aujourd’hui, avec les responsables des formations que je soutiens, nous ne parlons pratiquement plus de musique ! Le plus souvent, il ne s’agit plus que d’argent ! Argent à trouver pour bâtir une saison (écourtée, avec des effectifs restreints), pour partir en tournée (pas très loin), pour rémunérer une secrétaire (à mi-temps), pour ne pas dépasser le budget ! Les musiciens intermittents vivent dans cette obsession. Je les comprends et je les aide. Mais où est le plaisir?»
Tout cela parce que le régime de l’intermittence est ouvert à trop de bénéficiaires : comme nous ne cessons de le répéter, seuls (ou presque) devraient y avoir droit ceux qui doivent s’astreindre à un travail quotidien, même en l’absence d’engagement à court terme : soit les musiciens, danseurs, gens du cirque, comédiens.
Les enseignants dans les conservatoires ont aussi du souci. Ceux qui ont subi les aléas stressants des diplômes, des concours et de la titularisation, ont en principe une position plus stable que les intermittents. Mais ils s’arrachent les cheveux à propos de leurs droits et de leurs devoirs dans la fonction publique territoriale : indices, possibilités d’avancement, cumuls, règlements, jurisprudence !
La seule consolation est que contrairement à ceux qui, dans d’autres secteurs, vivent les mêmes angoisses, il reste aux musiciens le plaisir de la musique… et le beau souci de la garder belle et vivante.

Michèle Worms