La Lettre du Musicien n°486

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novembre 2016 — deuxième quinzaine

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Le mal court !

Il faut se méfier des provocateurs qui avancent des idées apparemment absurdes. Ils mettent en émoi et sont rejetés avec violence. Leurs idées semblent alors tomber dans l’obscurité, on les oublie et on passe à autre chose. Malheureusement, parfois, le mal est fait. Et il court !
C’est qu’il existe des terreaux fertiles. Souterrainement, ces idées s’insinuent dans l’esprit de certains responsables, sans même qu’ils s’en aperçoivent. Puis ils commencent à y réfléchir, à se demander s’il ne faudrait pas les étudier, puis tenter de les appliquer, tout d’abord à dose homéopathique, bien sûr.
C’est pourquoi il faut prendre au sérieux les propos de Jean-Paul Alimi, directeur des études du CRR de Nice, recommandant aux maires de supprimer les cours individuels dans les conservatoires (La Gazette des communes, 31 octobre).
L’argument est imparable : lorsque l’enseignant se consacre à des leçons individuelles, pour lesquelles il aura, tout au plus, une quarantaine d’élèves, la commune dépense 1 500 à 3 000 euros par an et par élève. En revanche, s’il donne uniquement des cours collectifs, à raison de cinq élèves (au moins) par heure de cours dans la semaine, il touchera plus de cent élèves !
Rentabilité assurée, mais pour quoi faire ? Le compositeur Etienne Kippelen démontre l’absurdité, au plan pédagogique, de ce « système d’élevage industriel de jeunes musiciens » (voir Tribune p. 32).
Au passage, M. Alimi pose la question de l’utilité d’enseigner le piano, « instrument individuel et peu tourné vers les pratiques collectives » (!), dans les conservatoires. Bon prince, il accepte enfin de laisser aux maires la liberté de choix de leur politique culturelle… quitte à imaginer « un autre projet d’établissement plus innovant dans le domaine des pratiques collectives et plus ouvert à l’environnement culturel et social territorial ».
Qui ne serait tenté par cette proposition – faire des économies tout en touchant des publics plus larges – alors que la ville de Paris donne déjà l’exemple ?
Ainsi se prépare, tout doucement, le certificat de décès des conservatoires, tels que nous les connaissons actuellement : leçons individuelles, cours d’ensembles, formation musicale, soutien aux enfants doués jusqu’aux classes professionnelles, mais aussi ouverture aux musiques actuelles.
M. Alimi n’est pas un révolutionnaire. Il suit logiquement la voie de l’anti-élitisme et de l’anti-sélection. Il est juste une hirondelle qui annonce un triste printemps.
Mesdames et Messieurs les Maires, ne vous laissez pas abuser ! Ces établissements sont en quelque sorte vos porte-drapeaux ! Vous êtes garants d’une culture à laquelle nous sommes attachés. Et vous en êtes parfaitement conscients. Même si vous pensez parfois qu’un enseignant vous coûte un peu cher, vous savez que le jeu en vaut la chandelle.

Michèle Worms