La Lettre du Musicien n°487

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décembre 2016

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Classiques, résolument !

Au commencement était Monteverdi, dont nous allons fêter le 450e anniversaire. Avec lui, grâce au moins à trois de ses opéras et aux Vêpres de la Vierge, prend forme ce répertoire que l’on a pris l’habitude de qualifier de “musique classique”, voire de “grande musique”, et qu’illustreront Bach, Mozart, Beethoven et tant d’autres.
A partir du 19e siècle, le domaine classique devient patrimonial, c’est-à-dire que l’on y célèbre les grands artistes du passé, dont la biographie s’apparente désormais aux Vies des hommes illustres (l’exposition sur le mythe Beethoven, actuellement à la Philharmonie de Paris, retrace parfaitement cette évolution).
Plus tard, l’enregistrement et les médias de masse engendrèrent surtout la prolifération des variétés qui entrèrent peu à peu en concurrence avec la “grande musique”, jusqu’à la submerger. Il y a un siècle, dire « Mon fils fait de la musique » ou « Je lis une histoire de la musique » était sans ambiguïté : il s’agissait bien de “grande musique” (d’ailleurs, même les flonflons des bals musette s’apparentaient au classique et les harmonies jouaient Beethoven et Bizet). Aujourd’hui, c’est moins clair !
On en était là lorsque, assez récemment, les spécialistes du marketing s’avisèrent que la démocratisation avait touché ses limites et que le public du classique vieillissait, la jeunesse estudiantine préférant le plus souvent le metal ou le rap à Beethoven ou Boulez.
On s’ingénia donc à trouver des solutions, les orchestres symphoniques étant invités à “diversifier leur offre” en incluant dans leurs programmes la musique de films connus ou des arrangements de chansons pop, de jeunes artistes talentueux à pratiquer le cross-over plus que Schubert et Chopin, les Opéras à introduire des ouvrages participatifs dans leur saison, les festivals à proclamer que “C’est pas classique”. Tout cela afin d’ouvrir la musique “au plus grand nombre” et à la “dépoussiérer” – ce qui revient à affirmer a priori qu’elle était poussiéreuse.
C’est fort bien, mais on paie ainsi le “plus grand nombre” en monnaie de singe, pour le plus grand profit du commerce culturel, qui voit son chiffre d’affaires augmenter. Car, l’expérience cent fois répétée le prouve bien : avec une pédagogie adaptée, il est très possible de bien transmettre à tout public (enfants des quartiers “sensibles”, détenus, lycéens, clubs du troisième âge) ici un opéra baroque, là un quatuor à cordes, ailleurs la plus dépaysante des œuvres contemporaines (rappelons le succès du Grand Prix Lycéen des Compositeurs).
Il faut donc souhaiter que les musiciens, fiers de leur patrimoine, de leur magnifique pratique et de leur connaissance du terrain, ne se laissent pas intimider par les sirènes d’une fausse démocratisation, ne s’excusent pas de pratiquer l’art exigeant qui emplit leur vie, et le transmettent pour ce qu’il est.
C’est notre vœu pour 2017.

Jacques Bonnaure