La Lettre du Musicien n°491

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mars 2017 — deuxième quinzaine

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Paris regarde à l’ouest

Il y a quelques décennies, le mot d’ordre était à une redistribution vers l’est des lieux culturels parisiens. La naissance de l’Opéra Bastille et de la Cité de la musique, le transfert du Conservatoire de Paris de la rue de Madrid au nouveau bâtiment conçu par Christian de Portzamparc marquèrent ce mouvement. Plus récemment, l’ouverture de la Philharmonie sur le même site que la Cité de la musique et le Conservatoire a marqué l’acmé de ce déplacement, d’autant qu’elle avait pour corollaire la fermeture de la salle Pleyel au répertoire classique.
Or, comme par un effet de balancier, l’offre de concerts repart à présent vers l’ouest. D’abord, avec la récente mise en service de l’auditorium de Radio France, puis, aujourd’hui, avec la toute proche inauguration de la Seine musicale dans l’île Seguin à Boulogne-Billancourt (un auditorium symphonique de 1 100 places et une grande salle qui peut accueillir jusqu’à 6 000 spectateurs en configuration debout).
Et s’y ajoute le projet, dévoilé tout récemment, de transformer le défunt musée des Arts et Traditions populaires dans le bois de Boulogne en un centre des métiers d’artisanat d’art (qui devrait ouvrir ses portes en 2020), doté d’une salle de concerts pouvant accueillir de 2 000 à 4 000 personnes.
Dans les deux cas, il s’agit d’initiatives où le secteur privé joue un rôle important, en association avec le conseil départemental des Hauts-de-Seine pour la Seine musicale, ou avec la ville de Paris pour la transformation du musée des Arts et Traditions populaires confiée au groupe LVMH.
Gageons qu’une frange du public de l’ouest parisien trouvera aisément le chemin de ces salles, mais comment s’inscriront-elles dans le paysage musical ? Leur modèle économique fonctionnera-t-il ? Sauront-elles rivaliser avec des salles bien installées, dont la programmation a trouvé son public, qu’il s’agisse de la Philharmonie de Paris ou du théâtre des Champs-Elysées?
La Philharmonie se prévaut pour sa deuxième année de fonctionnement d’un bilan enviable, avec un taux de fréquentation proche des 100 % pour la grande salle. Preuve de la réussite du pari de Laurent Bayle. Mais avec un généreux budget de 82 millions d’euros (dont 48 % payés par le contribuable).
Alors que des échéances politiques majeures s’approchent, la question qui se pose est aussi celle du modèle de fonctionnement des salles de concert. En ces temps d’argent rare, le recours presque exclusif au financement de l’Etat ou de collectivités territoriales reste-t-il viable ? L’apport du mécénat et d’autres ressources commerciales pourra-t-il être suffisant pour compléter des recettes de billetterie toujours insuffisantes pour assurer l’équilibre économique d’un concert?
Si ces questions se posent immanquablement, elles n’empêchent pas de se réjouir de voir de nouveaux lieux voués à la musique et de leur souhaiter longue vie.
Philippe Thanh