La Lettre du Musicien n°509

La Lettre du Musicien n°509

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juin 2018 — première quinzaine

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En Afrique de l’Ouest, la culture entre investissements étrangers et ancrage local

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Le musicien et son ego

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Entrée en vigueur du nouveau droit des données personnelles

Rémi Cassaigne, luthiste et traducteur

41 offres d’emploi dans le numéro 509

La loi de l’offre et de la demande

Au moment où les universités françaises traversent une période de hautes turbulences, il est plus que jamais nécessaire de s’interroger sur l’offre en matière d’enseignements supérieurs pour les musiciens. Nous publions dans ce numéro un dossier consacré au CNSMD de Lyon, à l’occasion du départ de son directeur Géry Moutier après neuf années passées à la tête de l’institution. Son point de vue, mais aussi ce que disent les enseignants et les élèves, est révélateur : la formation au métier de musicien est, elle aussi, confrontée à des questionnements essentiels.
Après quelques atermoiements, le passage au système du LMD (licence-­master-doctorat) est désormais pleinement opérationnel dans les conservatoires supérieurs. Et l’on ne peut que s’en réjouir : former le musicien au-delà de sa seule pratique instrumentale et l’ouvrir au monde est salutaire, à condition, bien sûr, qu’il lui reste suffisamment de temps pour se confronter quotidiennement à son instrument. Les échanges internationaux doivent aussi être encouragés ; trop de peu de musiciens français font aujourd’hui le choix d’Erasmus.
Mais l’inquiétude n’est pas là. Elle réside dans la variété actuelle d’offres proposées aux musiciens français. Outre les deux CNSMD, il existe quantité de pôles supérieurs proposant eux aussi de former les instrumentistes. On peut déjà regretter le manque de coordination entre les établissements – rien qu’entre les deux CNSMD, où certaines formations se doublonnent et dont les moyens sont inégaux. Mais surtout, pourquoi développer une telle offre de formation alors que le marché de l’emploi est tout sauf infini ? Quel avenir pour ces jeunes interprètes ?
Plutôt que de multiplier ces pôles supérieurs, on peut se demander s’il n’aurait pas été plus judicieux de créer un ou deux CNSMD de plus sur le territoire. Car le manque de lisibilité de l’offre rend les cursus de plus en plus hasardeux : les pôles supérieurs servent-ils d’antichambres aux CNSMD, sont-ils des mini-CNSM en soi, ou bien ont-ils une propre identité dans un genre musical défini ? La réponse varie généralement d’un établissement à l’autre. Ces interrogations se posent d’autant plus au moment de la mise en place de Parcoursup, la plateforme nationale d’admission en première année des formations de l’enseignement supérieur.
Il manque aujourd’hui une politique cohérente et efficace, en bref une vision, de l’enseignement supérieur de la pratique musicale en France. Le ministère de la Culture et celui de l’Enseignement supérieur doivent travailler ensemble sur ce sujet pour aboutir à une véritable politique interministérielle. En n’oubliant pas une loi ancestrale, celle de l’offre et de la demande, pour articuler au mieux la formation et la réalité du monde professionnel.

 Antoine Pecqueur