La Lettre du Musicien n°510

La Lettre du Musicien n°510

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juin 2018 — deuxième quinzaine

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En Roumanie, une musique cosmopolite

La musique dans les déserts culturels

Grèves dans les transports : quelles conséquences pour les orchestres ?

Nickel, vers une interdiction ?

Le crowdfunding, nouvel eldorado des conservatoires ?

Valeur professionnelle d’un enseignant : quels critères d’appréciation ?

Création d’une œuvre musicale à plusieurs

Zad Moultaka : de la toile à la portée

36 offres d’emploi dans le numéro 510

Public-privé

Lors de la dernière cérémonie des Molières récompensant les meilleures pièces de théâtre de l’année écoulée, Jean-Marc Dumontet, producteur et directeur de six salles de spectacle privées, a lancé à la ministre de la Culture : « Je ne suis pas le chat noir des ministres de la rue de Valois et j’espère vous accueillir encore l’année prochaine. » Une petite phrase qui fait écho aux rumeurs persistantes de remaniement ministériel, plaçant Jean-Marc Dumontet en potentiel successeur de Françoise Nyssen. Une telle nomination ferait en tout cas l’effet d’une bombe ! Imaginez : une figure du privé dans le monde subventionné de la culture. D’autant plus que dans le théâtre, structures privées et publiques se regardent en chien de faïence. Emmanuel Macron, qui aime la friction entre les écosystèmes, pourrait s’en régaler.

Qu’en est-il en musique ? Si les déclarations sont moins tonitruantes que dans le théâtre, il n’en demeure pas moins une défiance réciproque. Le projet de ­création du Centre national de la musique n’a fait que raviver ces tensions. La caricature est tentante : il y aurait d’un côté les musiques actuelles commerciales appartenant au secteur privé et, de l’autre, la musique classique subventionnée. En ­vérité, les frontières sont bien plus poreuses : certaines musiques actuelles s’inscrivent dans une démarche de création et méritent d’être soutenues par la puissance publique tandis que, d’autre part, certains concerts classiques recherchent le pur profit.
Et pourquoi ne pas réunir privé et public ? C’est le but du fameux PPP (­partenariat public-privé). La Seine musicale, qui est la seule grande salle de concert à fonctionner sur ce mode, n’offre pas un exemple très probant, ne réussissant pas à trouver son public, faute d’identité et d’accessibilité. Et surtout, comment ­piloter une structure avec deux partenaires aux intérêts forcément divergents ? D’importants changements auront certainement lieu un jour ou l’autre.
Dans un proche avenir, le paysage musical parisien pourrait bien être le théâtre d’une autre guerre entre le privé et le public. Car en 2020 devrait ouvrir la ­nouvelle salle de concert symphonique de LVMH, dans le bâtiment de l’ancien musée des Arts et Traditions populaires, réhabilité par Frank Gehry. A l’autre extrémité de la capitale, la Philharmonie de Paris observe l’arrivée de ce concurrent avec inquiétude. Car les moyens de Bernard Arnault, quatrième fortune mondiale, sont incomparables avec ceux, forcément contraints, d’une salle publique. Bernard Arnault va-t-il reproduire dans la musique ce qu’il a fait dans l’art contemporain, où désormais les expositions de sa Fondation Vuitton dépassent en nombre de visiteurs celles du Centre Pompidou ?
Néanmoins, n’oublions pas que les grands groupes utilisent la loi mécénat qui permet des déductions de 60 % du montant versé dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires. Preuve que la culture est décidément une économie mixte, public-­privé, aux liens inextricables.

Antoine Pecqueur