La Lettre du Musicien n°511

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juillet 2018

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Vingt-quatre heures à Leipzig

Cartographie économique des festivals

Les ensembles : quel avenir après le départ de leur fondateur ?

En Chine, au cœur de la fabrication des instruments d’étude

Désir-contrainte-plaisir dans l’apprentissage

Parcs instrumentaux des conservatoires, entre prêt et prestige

Municipalisation d’une école de musique associative : quelle garantie de rémunération ?

Suppression du CICE : quelle conséquence pour le spectacle vivant ?

Eiichi Chijiiwa : « Soigner l’exil par la musique »

17 offres d’emploi dans le numéro 511

L’opéra, un service public

A quoi sert l’opéra ? C’est la question que s’est posée Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra de Paris, le 14 juin dernier au Collège de France. Il a rappelé que, dès sa création il y a 350 ans, l’opéra, spectacle dans lequel des gens aiment, pleurent, se battent, s’embrassent ou agonisent pendant de longues minutes tout en chantant, a été souvent considéré comme une bizarrerie inutile.
Ce genre était d’ailleurs pratiquement moribond en France après la Seconde Guerre mondiale. Les opéras de province avaient leur public, mais presque tous vivotaient dans la routine. A l’Opéra de Paris, cela n’allait guère mieux : un vieil abonné se souvient d’avoir vu enfant une Flûte enchantée interprétée (en français) par des chanteurs médiocres avec des décors et costumes usés jusqu’à la corde. De quoi vous dégoûter à jamais ! D’ailleurs, les Jeunesses musicales de France, qui initièrent tant de jeunes écoliers et étudiants à la musique, leur déconseillaient d’aller à l’opéra, genre « tombé en désuétude »…
Mais un beau jour, conte de fée ! En 1952, il suffit que l’acteur de cinéma Raymond Rouleau décide de mettre en scène de façon grandiose Les Indes galantes à l’Opéra de Paris pour qu’un regain d’intérêt se fasse jour en France. Trente ans plus tard, l’acteur de cinéma Klaus Kinski réalise le film Fitzcarraldo dans lequel il retrace le rêve insensé d’un projet d’opéra dans la forêt amazonienne. Aujourd’hui, c’est dans le monde entier que se construisent des Opéras aux architectures audacieuses : Chine, Vietnam, Algérie, Maroc, bientôt en Jordanie…
L’opéra joue donc un rôle social et culturel de premier plan. D’autant que son approche a été largement facilitée par l’introduction du surtitrage et de la vidéo ainsi par des mises en scène actualisées et par l’introduction. Innovations qui nuisent parfois à la concentration du public mais permettent un élargissement spectaculaire de celui-ci.
Evidemment, tout cela a un prix. L’opéra coûte cher, très cher : Stéphane Lissner recense plus de 100 métiers qui doivent s’unir étroitement pour créer le rêve et l’émotion. Le jeu en vaut-il la chandelle, surtout au moment où l’on coupe dans tous les budgets ? Pour lui, la réponse est évidemment oui, car l’opéra représente une ouverture à tous les arts. Ressortissant du service public, il mérite donc d’être aidé et non sacrifié par mesure d’économie.
On peut cependant se poser des questions. Les autres secteurs de la musique ne seront-ils pas pénalisés si de nouvelles subventions de l’Etat répondent à ces exigences lyriques sans augmenter les budgets dévolus globalement à la musique ? D’un autre côté, le public ne peut-il se satisfaire de représentations plus économiques?
Le soir même de la conférence de Stéphane Lissner se donnait au théâtre des Champs-Elysées un Faust de Gounod dans une belle version de concert. Le public qui remplissait la salle était manifestement heureux de pouvoir se concentrer sur la musique et sur les voix.

Michèle Worms