La Lettre du Musicien n°512

La Lettre du Musicien n°512

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septembre 2018

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Le CNSMD de Lyon, une affaire d’Etat ?

Feuilleton de l’été, le recrutement du successeur de Géry Moutier à la tête du Conservatoire de Lyon a connu de multiples rebondissements très suivis par nos lecteurs.
Premier signe qui nous a interpellés : publiée sur le site internet de l’établissement en avril-mai, l’offre d’emploi (un mauvais copié-collé de fiche de poste d’école supérieure d’art, où des compétences sont requises en art, design, média…) est passée quasi inaperçue. La composition du jury, ensuite, interroge : il ne réunit que quatre membres sur les sept prévus initialement et ne compte qu’un seul musicien, Michel Decoust. Début ­juillet, La Lettre du Musicien révèle en exclusivité, sur son site internet, la liste des trois candidats retenus : Mathieu Ferey, Viviane Serry et Serge Cyferstein. En réaction, des enseignants du Conservatoire de Lyon – dont 80 % des élèves sont musiciens – publient un communiqué pour mettre en garde contre « le choix d’une candidature “danse” qui déséquilibrerait le fonctionnement de l’établissement ». Gilbert Amy, ancien directeur du CNSMD, écrit à la ministre de la Culture pour faire part de son inquiétude : « Cet établissement […] ne peut être qu’entre les mains d’une personnalité incontestable, reconnue et estimée par le milieu professionnel. Il me semble que ces qualités éminentes ne sont pas réunies à l’heure actuelle. »
Par ailleurs, le processus de recrutement ne s’est pas déroulé dans les règles : étant membre du conseil d’administration du CNSMD de Lyon, Viviane Serry aurait dû démissionner pour pouvoir se présenter. Finalement, le 18 juillet, le ministère déclare le recrutement « infructueux ». Mais la polémique ne s’arrête pas là. Huit personnalités du monde de la danse condamnent cette décision et dénoncent « la position d’infériorité de la danse face à la musique » ; elles sont ­suivies par les syndicats professionnels.
Ce type de réaction tend à faire croire qu’il s’agit d’un conflit entre la musique et la danse, entre les anciens et les modernes. Il n’en est rien. Si, à La Lettre du Musicien, nous avons suivi ce recrutement étape par étape, c’est parce que la méthode même est choquante. Ce recrutement n’a tout simplement pas respecté le droit. Faut-il l’outrepasser pour nommer des femmes à la tête des établissements publics ? Cela nous semble, au contraire, la pire insulte faite aux femmes. Ce procédé est ­d’autant plus scandaleux que la présidente du conseil d’administration du CNSMD de Lyon, Catherine Tsekenis, était pressentie pour prendre la direction générale de la Création artistique. Mais, là aussi, la Rue de Valois a retardé la nomination…
Espérons que cette affaire fera jurisprudence. Et que les prochains recrutements se feront en conformité avec les règles, et en toute transparence. La musique, et la culture plus globalement, en ont bien besoin.