La Lettre du Musicien n°431
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avril 2013

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Au sommaire du n° 431

Dossier thématique : la clarinette

La difficile situation des compagnies lyriques indépendantes

Comment les ensembles choisissent-ils leur nom ?

Trous de mémoire et autres censures de nos apprentissages

Paris reporte la réforme de ses conservatoires

Le contrat à durée déterminée d’usage

 Et nos rubriques habituelles : actualités, courrier, international, agenda et vie des artistes. Annonces de concerts. Nouveautés instruments, partitions, livres, CD, DVD. Stages, concours, classes de maître, manifestations dans les conservatoires…

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De la répétition en musique

Deux livres récemment parus, et très différents l’un de l’autre, consacrent quelques pages à la répétition dans la musique.
Dans Sur les épaules de Darwin (éd. LLL-France Inter), le chercheur Jean-Claude Ameisen cite une étude de neurosciences réalisée en 2011, qui révèle « le plaisir intense que peut provoquer l’anticipation du passage à venir d’une musique que nous connaissons et que nous aimons : le plaisir de l’anticipation du retour d’un souvenir. » Selon cette étude, l’attente provoque dans notre cerveau la libération d’un neuromédiateur, la dopamine, qui précède ce frisson de plaisir. Lorsque nous écoutons de la musique, nous n’écoutons pas une séquence, puis une autre et ainsi de suite… « Nous sommes toujours entre les séquences sonores, en chemin de l’une vers l’autre. »
D’autres études montrent que si l’on fait écouter un morceau de musique dans lequel on a coupé quelques mesures et remplacé celles-ci par quelques secondes de silence, les personnes qui ne connaissent pas cette pièce le remarquent immédiatement. Au contraire, celles qui la connaissent et qui l’aiment ne s’en aperçoivent pas, car la totalité de cette musique est présente dans leur mémoire. L’anticipation du plaisir à venir a reconstruit en elles les passages effacés.
Plus accessible au profane, l’essai Encore et jamais (Gallimard) de la romancière Camille Laurens traite du plaisir de la répétition. « Chaque jour, dit-elle, la joie me vient d’un refrain, le désir d’une rime qui revient, l’apaisement d’une fugue… » Mais répétition ne veut pas dire ressassement : elle cite Hélène Grimaud, pour qui répéter signifie chercher, encore et toujours. « En répétant, explique la pianiste, ce n’est pas une chose connue qu’on réitère, mais une chose future… L’essentiel est d’obtenir, au bout d’innombrables recommencements de gestes, d’exercices, d’épreuves, quelque chose que, artiste ou athlète, on brigue au-delà de tout. Quelque chose qui appartient à l’avenir et qu’aucune règle ne peut programmer : la surprise… »
Camille Laurens est surtout sensible à la musique classique et aux chansons : « Ah ! te revoilà, petite phrase guettée, mélodie espérée – identifiable, oui, mais en même temps différente ; ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. » On ne s’étonnera pas qu’elle fasse son miel de la musique répétitive, bien sûr, dont « les petit changements, la gradation ténue, les migrations infimes » la bouleversent.
Dans tout cela, le cerveau mène la danse. Pourtant la répétition est plutôt mal vue dans l’enseignement général, où, par exemple, la récitation a été supprimée. Ces deux livres tendent, l’un à l’expliquer, l’autre à la réhabiliter.
Entendre et réentendre une musique déjà connue, « c’est, à chaque instant, à la fois entendre, avoir entendu et être prêt à entendre. Et ainsi le passé et le futur nous sont donnés avec le présent, à l’intérieur du présent » (cité par Jean-Claude Ameisen).

Michèle Worms