La Lettre du Musicien n°453

La Lettre du Musicien n°453

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octobre 2014 — première quinzaine

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Joue et tais-toi !

Dans notre pays, pour peser sur la marche du monde musical, il est impératif de n’être pas musicien. Les exemples, hélas, abondent.

Les musiciens et les mélomanes se sont mobilisés ardemment contre l’exclusion de la musique classique de la salle Pleyel. Le résultat ? Aucun. Le silence. Seule une procédure engagée devant la justice pour d’autres raisons pourrait mettre un terme à ce scandale.

Les musiciens et personnels d’un grand théâtre se sont opposés vigoureusement au retour parmi eux d’un directeur parti voir si l’herbe était plus verte ailleurs sans toutefois négliger de se ménager un retour au bercail. Résultat : il est bien revenu au bercail, avec la bénédiction municipale, et tout le monde fut prié d’acquiescer.

De même, qui niera que les déboires de l’orchestre Dijon-Bourgogne ont grandi sur le terreau aigre des rancœurs locales, les musiciens étant réduits à n’être que les spectateurs d’un conflit étranger à leurs propres mérites ? Les Parques politiques dijonnaises viennent par bonheur de raccommoder le fil qu’elles avaient elles-mêmes rompu. Ce bon-vouloir réversible n’engage guère à la confiance…

Les appels des musiciens à maintenir le niveau de financement et de rayonnement des conservatoires sont-ils entendus lorsque certaines municipalités sont décidées à courir derrière les dernières modes pour complaire à un électorat supposément assimilable à une plèbe écervelée ? Non, un silence sidéral leur répond.

Il n’est pas moins stupéfiant que les nominations à la tête des grandes institutions musicales se fassent en dehors de tout circuit de validation professionnelle, sur des critères relationnels et parfois la soumission de dossiers dont aucun musicien concerné ne voit jamais la couleur. Et puis, un beau jour, tout le monde est convoqué pour faire la connaissance d’un professionnel censément chevronné dont il faut bien accepter qu’il devienne le nouveau potentat local.

N’oublions pas de citer les interprètes qui, martyrisés par des metteurs en scène musicalement analphabètes, n’ont comme option que de courber l’échine, ou ces directeurs de théâtre qui systématiquement, lorsqu’un conflit se fait jour, arbitrent pour le metteur en scène contre le chef d’orchestre ou les chanteurs.

De toute évidence, le monde musical s’est progressivement scindé en deux univers presque sans rapport l’un avec l’autre : une technostructure appointée, désignée par des hiérarques de tout poil, et de l’autre côté une piétaille, faite de musiciens et de collaborateurs priés de suivre les instructions. Qu’il se trouve des directeurs et des technocrates avisés, nul n’en saurait douter. Mais cela ne rendra pas le pouvoir aux musiciens. Or, il est certain que nul ne le leur rendra tant qu’ils n’auront pas décidé de le reprendre. Quelle profondeur de silence et de mépris faudra-t-il atteindre pour que l’envie leur en vienne ?

Sylvain Fort