La Lettre du Musicien n°470

La Lettre du Musicien n°470

5,50 €
VERSION Papier

novembre 2015 — première quinzaine

Autre version disponible :
La Lettre du Musicien n°470 - version pdf - 5,50 €
Partager:
Harcèlement dans la culture

Le public des orchestres : une enquête de l’AFO

A l’Opéra de Saint-Etienne, une saison apaisée

Buffet Crampon, un facteur dans le vent

Compositeurs en compétition

Le CRR de Montpellier en attente de nouveaux locaux

Arrêts de travail : mieux vaut ne pas être en retard !

La justice réaffirme le droit moral de l’auteur

15 offres d’emploi dans le numéro 470

Bas les masques !

Lettre à Fleur Pellerin, ministre de la Culture

Madame la Ministre,
Vous êtes en butte actuellement à des attaques qui viennent de tous côtés, y compris de votre bord politique. Rappelons quelques motifs de déception :
– Au départ, vous ne sembliez vous intéresser qu’au numérique.
– Lors de l’attribution du prix Nobel de littérature à Patrick Modiano, vous affirmiez n’avoir lu aucun de ses livres et vous précisiez : «Je n’ai pas du tout le temps de lire depuis deux ans.»
– Au sein du gouvernement, vous êtes considérée comme novice au point que, dans un récent documentaire, on a vu le président de la République vous donner le b.a.-ba de votre nouvelle fonction, en vous recommandant de «vous taper» tous les soirs un spectacle et de dire «Je vous aime» aux artistes.
– Vous présentez un projet de loi (adopté en première lecture par l’Assemblée nationale) dont les premiers mots sont : «La création est libre», ce qui voudrait dire, comme le note Marianne (25 octobre), que les artistes sont des citoyens à part, pouvant faire n’importe quoi, dans une totale impunité juridique.
– Toujours dans cette loi, vous voulez donner aux maires la maîtrise de leur patrimoine, leur concédant ainsi la liberté de le réaménager, de le vendre ou même de le détruire.
– Vous avez déclaré un jour qu’il fallait partir «des usages des consommateurs». Phrase horrible, qui, comme le signale le journaliste Jean-Michel Frodon (sur le site slate.fr), sonne le glas de l’idée même d’un ministère de la Culture…
A votre décharge, vous avez pu faire augmenter votre budget et cela vous a permis de rétablir votre aide aux conservatoires. C’est bien. Par ailleurs, vous souhaitez que ceux-ci instituent un enseignement professionnel de hip-hop et vous vous flattez d’avoir fait scandale à ce sujet (Libération, 25 octobre). Mais les conservatoires ne vous ont pas attendue pour s’ouvrir à d’autres genres musicaux que le classique !
Vous voulez lutter contre la ségrégation. Bien sûr, nous sommes pour. Mais quand vous encouragez les «pratiques spontanées, comme celles consistant à taguer les murs», quel mépris à l’égard de ce que nous appelons encore la culture!
Madame la Ministre, pourquoi une telle agressivité ?
Avouez-le, vous savez lire ! Mis à part vos diplômes d’excellence, on sait que vous avez de bonnes bases littéraires. Vous dissimulez le fait que vous avez pris durant des années des leçons de piano. Vous dites que vous avez mis vingt-cinq ans avant d’oser aller à l’Opéra, mais vous avouez que, «toute petite», vous écoutiez déjà des cassettes d’opéra à longueur de journée…
Madame la Ministre, acceptez donc de faire partie de l’élite ! Vous aurez beau dire et beau faire, vous ne serez jamais une garde rouge !

Michèle Worms