La Lettre du Musicien n°479

La Lettre du Musicien n°479

10,00 €
Version Papier

juin 2016 — première quinzaine

Autre version disponible :
La Lettre du Musicien n°479 - version pdf - 10,00 €
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Sexe, drogue et alcool !

On se demandait depuis quelque temps quelle mouche avait piqué les responsables de la ville de Paris pour vouloir à toute force supprimer l’enseignement individuel au profit des cours collectifs… (Voir, à ce sujet, l’enquête sur la pratique collective que nous publions dans ce numéro.) La mesure a touché d’abord les centres d’animation, avant de menacer les conservatoires. S’agissait-il seulement de faire des économies (air connu) ou de faire pièce à l’élitisme des musiciens classiques (air tout aussi connu) pour créer de la “mixité sociale” ?

La mise en circulation récente d’un rapport daté de juin 2015 de l’inspection générale de la ville de Paris révèle un tout autre son de cloche. Intitulé “Mission de prévention, de signalement et de traitement des risques d’infraction sexuelle sur des mineurs par des agents de la Ville et du département”, ce document de 80 pages (dont l’auteur est anonyme et la liste des personnes interrogées non publiée) pointe les lieux et circonstances qui présentent de tels risques, depuis les piscines jusqu’à l’usage des smartphones. Les conservatoires y figurent en bonne place.

Disons-le haut et clair, on ne peut qu’approuver une collectivité de prendre des mesures pour lutter contre d’aussi graves exactions. Malheureusement, ce rapport jette l’opprobre sur l’ensemble des professeurs. Extrait :
« Les cours individuels dans les conservatoires sont porteurs de risque de dérapages importants, notamment du fait d’une relation maître/élève individuelle qui s’inscrit dans la durée, de rapports de proximité et de séduction et d’un contexte musical marqué par une banalisation des relations sexuelles et amoureuses entre maître et élève, particulièrement en référence aux relations entretenues par ­d’il­lus­tres musiciens ou musiciennes… [ici le document cite sans scrupule une interprète de renom et son professeur, mention retirée tout récemment de la version en ligne sur le site de la ville de Paris]. La mission recommande de limiter les cours individuels pour privilégier de manière systématique les cours collectifs. » Un paragraphe sur les stages de musique est du même tonneau : ils sont jugés propices « aux soirées en présence de drogues et d’alcool ».

Autrement dit, les enseignants sont soupçonnés d’être des délinquants en puissance, de faire cours non pour transmettre leur passion de la musique mais pour satisfaire d’autres passions. Si quelques cas sont avérés, ils relèvent – individuellement – de la justice, mais n’autorisent en rien à jeter le discrédit sur l’ensemble du corps enseignant. Les réactions des professeurs de musique sont nombreuses, notamment sur les réseaux sociaux, scandalisées ou atterrées par cette exécution de masse, qui va inévitablement indisposer certains parents à leur égard.

Et voilà comment l’enseignement individuel de la musique risque de disparaître. Comme l’a dit, avec autant de force que de justesse, une enseignante, ces gens « sont capables de détruire la Joconde pour écraser une araignée dessus ».

Philippe Thanh