La Lettre du Musicien n°480

La Lettre du Musicien n°480

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juin 2016 — deuxième quinzaine

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Les méconnus de la générale

En assistant à un concert, à une représentation d’opéra ou à la générale d’un spectacle musical, une idée s’impose parfois avec évidence : « Mais pourquoi cet artiste n’est-il pas plus connu ? » De fait, il y a dans le monde de la musique une injustice profonde. Pourquoi ces “méconnus de la générale” ?… pour pasticher le titre du célèbre film de Buster Keaton.
Certaines personnalités, certes valeureuses (enfin, le plus souvent…) tiennent le haut du pavé et de l’affiche. Les maisons de disques leur tendent les micros. Quand, par hasard, les chaînes de télévision s’intéressent à la chose classique, c’est elles que l’on va chercher, alors que d’autres sont cantonnés à des carrières modestes. Pourtant, on se dit parfois que telle mezzo qui se sera fait entendre en Mallika dans une bonne Lakmé régionale, eût mérité un premier rôle sur une scène plus en vue. Tel talentueux pianiste n’a joué Chopin et Liszt que sur la “scène nationale” d’un de nos beaux départements français. Tel violoniste qui vous émeut jusqu’aux tréfonds en interprétant une partita de Bach “n’est que” violon solo d’un bon orchestre.

A cela, de nombreuses raisons, bien sûr. Rien de moins organisé qu’une carrière. L’artiste lui-même peut être négligent. Ou retenu par des affaires familiales. Son agent peut se désintéresser de la question ; son professeur peut l’avoir fourvoyé dans des répertoires qui ne lui conviennent pas. L’artiste peut encore se dire qu’il n’est pas encore temps de passer “à la vitesse supérieure” alors que l’âge passe vite.
D’heureux hasards peuvent débloquer une situation. Une cantatrice qui fait aujourd’hui une fort belle carrière internationale (non, ce ne sont ni Mme Netrebko ni Mme Damrau… !) a “explosé” lorsqu’un chef célèbre cherchait la doublure d’une chanteuse de premier plan. Celle-ci n’est pas venue. Ce fut la chance de la doublure méconnue.
Tout de même, cela fait un peu désordre ! C’est que, dans le monde de la musique, il n’existe pas les “instances de validation” qui permettent aux cadres d’entreprises de développer leurs carrières. On ne grimpe pas facilement les échelons pas à pas, et il n’y a pas de place pour tout le monde…

Existe-t-il des remèdes à cette situation ? Les critiques ont un rôle important à jouer en ne s’intéressant pas seulement aux vedettes de premier plan, mais en soulignant systématiquement les grands talents en germe – ou en friche.
Certes, la situation de crise actuelle ne favorise guère la recherche des talents, et que l’on estime plus confortable de ne proposer au public que des valeurs sûres.
Il n’empêche. Les directeurs d’opéras, metteurs en scènes, chefs d’orchestre, organisateurs de festival auraient intérêt à ne pas laisser en jachère des artistes de haut niveau. Tout le monde y gagnerait. Les artistes eux-mêmes et, bien sûr, le public, qui disposerait d’une plus grande diversité de talents.

Jacques Bonnaure