La Lettre du Musicien n°502

La Lettre du Musicien n°502

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décembre 2017

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Une maison commune de la musique : oui, mais…

Il existe aujourd’hui en France des centres nationaux du cinéma, du livre, de la danse… Mais pas de la musique ! Roch-Olivier Maistre, conseiller-maître à la Cour des comptes, rendu, fin novembre, son rapport sur le projet de création d’une “maison commune de la musique”, pour reprendre l’expression de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, qui a souhaité relancer ce projet dès son arrivée Rue de Valois. Relancer, car, depuis Marcel Landowski, il y eut plusieurs tentatives qui ont toutes échoué. On se souvient notamment de la volonté de Nicolas Sarkozy de créer un centre national de la musique.
Pourquoi à chaque fois ces projets ont-ils été abandonnés ? Le paysage musical a pour particularité de compter des secteurs totalement distincts : d’un côté les musiques dites savantes et de l’autre les musiques dites actuelles. Au-delà de la question esthétique, ce sont deux modèles économiques antagonistes, avec d’un côté les musiques subventionnées et de l’autre l’industrie culturelle.
Comment réconcilier ces deux mondes ? Roch-Olivier Maistre ne souhaite pas créer une agence nationale de la musique, qui diminuerait les prérogatives de l’Etat en la matière – de quoi rassurer les musiques subventionnées. Au contraire, il propose même d’incarner la politique musicale de l’Etat avec un visage unique. Pas facile pour autant de trouver la personnalité qui pourra fédérer les différents secteurs…
En ce qui concerne les missions du Centre national de la musique, le rapport préconise différents axes : observatoire du secteur, appui à la diffusion internationale, lieu de formation et, surtout, de soutien économique. C’est ce centre qui gérerait les crédits d’impôts dont bénéficient aussi bien les structures à financement public que les entreprises privées, et dont il est sans doute nécessaire de revoir les critères d’attribution.
Pour les représentants des musiques savantes, la crainte est que ce centre ne soit au final qu’une extension du Centre national des variétés déjà existant. On peut d’ailleurs regretter que le rapport ne pointe pas les dérives de la taxe sur les spectacles de variétés, en partie responsable du phénomène de concentration, avec un marché dominé par quelques groupes (Fimalac, Vivendi…). Il faut que ce Centre national de la musique aille bien au-delà : il aura d’autant plus de poids qu’il réunira en son sein différentes entités, comme le Burex, responsable de l’export de la musique.
Roch-Olivier Maistre a raison : c’est l’occasion ou jamais de concrétiser un tel projet. Car, aujourd’hui, les musiques savantes et actuelles sont confrontées à un même défi : le numérique, avec la question de la rémunération de la musique en ligne. Reste maintenant à voir comment ce centre pourra être financé. La taxation de la sphère numérique est une piste pertinente, d’autant qu’il y a peu à attendre du ministère de la Culture qui ne connaît pas de hausse de budget.

Antoine Pecqueur