La Lettre du Musicien n°514

La Lettre du Musicien n°514

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octobre 2018 — deuxième quinzaine

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#MeToo dans la musique classique

Le chef letton Andris Nelsons est un interprète de premier plan. Par contre, il aurait sans doute mieux fait de se taire quand il a déclaré à la Boston Public Radio que « le harcèlement sexuel n’est pas un problème dans la musique classique ». On voudrait l’excuser pour sa naïveté. Mais après le scandale Weinstein et en pleine campagne MeToo, une telle déclaration est grave. Surtout qu’Andris Nelsons est le directeur musical de l’Orchestre symphonique de Boston, où son prédécesseur n’était autre que James Levine, contraint de quitter la direction du Metropolitan Opera de New York après des révélations de harcèlement sexuel, publiées par le New York Times.
Outre-Atlantique, la presse a fait un remarquable travail d’investigation dans ce domaine. Le Washington Post a ainsi mis en lumière de nombreux cas dans le secteur de la musique classique, ce qui a notamment eu pour conséquence la fin du contrat de Daniele Gatti à la tête de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Ces enquêtes ont été menées en partie par les journalistes musicaux, et sans doute en Europe : la profession devrait être plus encline à y participer et ne pas se limiter au seul exercice de la critique.
Car la pratique musicale a des spécificités qu’il convient de ne pas ignorer. L’apprentissage se fait le plus souvent en cours individuel, et la dimension physique est importante. Pour comprendre la respiration d’un hautboïste ou la position d’un violoniste, le professeur se trouve forcément dans un rapport de proximité avec l’élève. On notera des avancées salutaires dans ce domaine, comme l’installation de portes vitrées dans les nouveaux conservatoires.
Mais pour que ces caractéristiques de l’apprentissage musical demeurent, il faut que le monde musical applique la tolérance zéro. On ne doit plus laisser libre cours à des agissements trop longtemps passés sous silence. Comme le montre dans ce numéro l’article de notre collaborateur Matthieu Charbey, la justice est aujourd’hui en première ligne pour condamner des «comportements inappropriés dans la mission d’enseignement».
Bien évidemment, ceux-ci restent minoritaires. Et il ne faut pas tomber dans une chasse aux sorcières, qui en oublierait le principe fondamental de la présomption d’innocence. L’ex-mari d’Anne Sofie von Otter, le metteur en scène Benny Fredriksson, s’est suicidé en mars dernier après avoir été injustement accusé de harcèlement sexuel. Mais, de manière globale, la vigilance doit s’imposer à notre secteur. Et la transparence. L’opacité autour du départ brutal du chef Matthias Pintscher de l’Académie de Lucerne, cet été, est absolument intolérable. Que s’est-il passé pour provoquer l’arrêt aussi rapide d’une collaboration, quelques jours avant le concert ? Nos voisins suisses doivent comprendre que l’heure n’est plus au secret.

Antoine Pecqueur