La Lettre du Musicien n°516

La Lettre du Musicien n°516

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novembre 2018 — deuxième quinzaine

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L’opéra est politique

Trois maisons d’opéra sont sous le feu des projecteurs.
A Bordeaux, la saison s’est ouverte dans un climat de crise, les musiciens de l’Orchestre dénonçant le fait que leur directeur général, Marc Minkowski, fasse appel aux Musiciens du Louvre, son ensemble, et non à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine (ONBA) pour la production de rentrée. Si l’on comprend leurs motivations, on ne peut tolérer le fait que les Musiciens du Louvre aient été copieusement hués au début du spectacle (d’autant que ces huées provenaient, selon nos sources, de musiciens de l’ONBA). On retrouve là, une fois de plus, le clivage archaïque entre orchestres de musiciens permanents et ensembles d’intermittents. Reste à savoir si, après ces turbulences, le mandat de Marc Minkowski sera renouvelé.
A Paris, la succession de Stéphane Lissner soulève, elle aussi, un grand nombre de controverses. Piloté directement par l’Elysée, le recrutement du nouveau directeur relance la bataille entre défenseurs des mises en scène classiques et partisans des réactualisations modernistes. Sylvain Fort, le directeur de communication d’Emmanuel Macron, semblerait privilégier la première voie ; le nom de Christophe Ghristi, directeur du théâtre du Capitole de Toulouse, est sur toutes les lèvres.
Le mercato n’est pas fini, puisqu’à Lyon se pose la question de la succession de Serge Dorny, qui va prendre la tête de l’Opéra de Munich. Gérard Collomb, de retour dans sa ville, serait-il tenté de nommer un superintendant pour coiffer à la fois la direction de l’Opéra et celle de l’Orchestre ? Ce sera l’enjeu culturel majeur de la campagne des municipales.
Le débat devrait aussi bientôt avoir lieu entre Nancy et Metz ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur : la mutualisation des équipements est-elle artistiquement un mal (avec le risque de pertes d’emplois) ou un bien (permettant des productions de plus grande qualité, comme à l’Opéra du Rhin) ?
L’opéra est plus que jamais politique, au sens premier du terme, c’est-à-dire au cœur de la vie de la cité.  C’est le lieu de l’engagement: l’Opéra de Zurich vient de décider de maintenir sa production de Cosi fan tutte mise en scène par Kirill Serebrennikov, alors que le réalisateur est assigné à résidence dans l’attente de son procès. Une belle manière de soutenir cet artiste censuré par le régime de Poutine. La preuve que cet art, créé, il y a plus de quatre siècles, n’a rien perdu de sa vitalité (alors que le genre de la symphonie, pourtant plus récent, s’est essoufflé bien plus vite). Lorsque Pierre Boulez appelait à « brûler les maisons d’opéra », au-delà de la provocation, il voulait réveiller ces institutions, qui peuvent parfois être de belles endormies. La crise a amené les Opéras à se réinventer ; économiquement, en imaginant de nouveaux modèles, comme celui de la Coopérative Opéra, qui associe quatre théâtres autour d’une production lyrique ; mais aussi artistiquement, en invitant des personnalités du théâtre, du cinéma ou des arts plastiques… Le rêve wagnérien d’“art total” a encore de beaux jours devant lui.

Antoine Pecqueur