La Lettre du Musicien n°521

La Lettre du Musicien n°521

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mars 2019 — deuxième quinzaine

Autre version disponible :
La Lettre du Musicien n°521 — version pdf - 10,00 €
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Aux Pays-Bas, la résistance de la musique ancienne

Sylviane Tarsot-Gillery : « Les conservatoires, un espace d’innovation politique »

Ensembles baroques : une inégalité entre anciens et modernes

Le marché des instruments historiques

Lutherie baroque : la Chine dans les starting-blocks

Instruments anciens ou modernes, faut-il choisir ?

Moyen Age et Renaissance, parents pauvres de l’enseignement musical

Projet de loi fonction publique et enseignants artistiques territoriaux

Les Boréades, l’exception juridique de la musique baroque

34 offres d’emploi dans le numéro 521

Les enjeux actuels de la musique ancienne

Rappelez-vous les Cassandre qui prédisaient que le mouvement de retour sur instruments anciens ne serait qu’une mode ; les mêmes, en grande partie, qui pensaient que la Philharmonie de Paris serait un échec… Aujourd’hui, le paysage musical est riche de plus d’une centaine de formations sur instruments d’époque. Une vitalité réjouissante, qui a conduit au développement de classes spécifiques dans les conservatoires. Le Réseau européen de musique ancienne organise, le 21 mars, sa journée annuelle : l’occasion de consacrer à ce domaine un numéro spécial de La Lettre du Musicien.
Où l’on constate que, désormais arrivé à une certaine maturité, ce secteur est confronté à de nouveaux enjeux. A commencer par la définition même du terme de musique ancienne. Cette appellation recouvre une large palette de répertoires, de la musique vocale à l’effectif orchestral, couvrant plusieurs siècles, du Moyen Age au 20e siècle. Les œuvres de Ravel ou de Debussy sont de plus en plus jouées sur des instruments historiques.
Cet élargissement des répertoires a eu pour conséquence de multiplier les ensembles spécialisés. Avec un paradoxe criant : alors que l’argent public diminue, le nombre de formations augmente. L’équation économique est devenue intenable, aboutissant à des situations profondément inégalitaires, entre les ensembles pionniers de la révolution baroque, bien dotés, et les nouveaux entrants, qui se battent avec des budgets minimes. Une telle disparité, que nous montrons dans ce numéro, pose question quant au devoir d’équité du ministère de la Culture.
Pourtant, le contexte impose, plus que jamais, de mettre le sujet sur la table. De nombreux ensembles sont confrontés, ou vont l’être prochainement, au départ de leur chef fondateur. Le projet de l’ensemble doit-il survivre au départ de son créateur ? Chaque camp fourbit ses arguments : il y a ceux qui défendent l’idée de poursuivre avec un autre chef, notamment pour assurer aux musiciens une continuité d’emploi. Les autres objectent que le statut d’intermittent du spectacle (auquel sont rattachés la majorité des musiciens de ces formations) ne doit pas se faire dans la dépendance à un seul employeur – c’est la fameuse permittence – et que l’arrêt de certains ensembles est indispensable pour permettre un renouvellement du paysage, le gâteau budgétaire ne permettant pas de nourrir tout le monde.
Nous ne mettrons pas un terme au débat avec cet éditorial. Mais nous incitons, par contre, les musiciens, les administrateurs et les syndicats du secteur à s’emparer de cette question. Il y va de l’avenir des nouvelles générations que forment les conservatoires. Ce sujet ne doit plus être tabou. Au risque sinon de laisser les politiques d’austérité faire elles-mêmes le ménage.

Antoine Pecqueur