La Lettre du Musicien n°524

La Lettre du Musicien n°524

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juin 2019

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À Istanbul, la musique résiste à la politique

Catherine Ruggeri, présidente du comité de pilotage du CNM  : « La musique est un sport de combat »

Mécénat : opération séduction des orchestres

Musiciens, qu’écoutez-vous pendant votre temps libre ?

Combien coûte un conservatoire ?

Rémunérations des compositeurs, une peau de chagrin

Agents publics et congés sans solde

68 offres d’emploi dans le numéro 524

Argent public vs argent privé

Franck Riester a annoncé, quelques jours après l’incendie de Notre-Dame, qu’il défendrait une hausse du budget du patrimoine. On ne peut que saluer cette décision, car une grande partie de ce secteur se trouve dans une situation critique. Mais il est à craindre que le spectacle vivant n’en pâtisse, car cette hausse ne s’accompagnera pas, a priori, d’une augmentation globale du budget du ministère de la Culture.
Emmanuel Macron avait déclaré pendant la campagne présidentielle que l’éducation et la culture étaient ses « priorités ». Si la première a bénéficié de certaines largesses budgétaires, ce n’est pas le cas de la ­deuxième­. Le budget du ministère de la Culture a même connu, au départ, une légère baisse, avant d’être stabilisé. Mais d’augmentation, il n’en fut pas question… L’absence de la culture dans le grand débat national a donné l’impression que ce domaine était devenu anecdotique.
Pour autant, Franck Riester a bien l’intention de mettre en place, dès l’année prochaine, le Centre national de la musique (CNM). Nous vous dévoilons dans ce numéro les contours de ce nouvel établissement. Une chose est sûre : le CNM va représenter un changement profond de paradigme dans l’écosystème musical. Jusqu’alors opposées, les musiques non lucratives (notamment le classique et le jazz) et lucratives devraient rapprocher leurs modes de fonctionnement. L’extension du système de la taxe affectée – qui consiste à prélever un pourcentage sur les billets dont une partie est ensuite reversée au secteur – est à l’étude. Reste à voir comment le monde de la musique classique pourrait appliquer ce dispositif qui, aujourd’hui, fonctionne surtout avec les groupes de musiques actuelles ; il ne faudrait pas qu’il favorise uniquement les plus grands.
Derrière la mise en place de tels outils, c’est la puissance publique qui semble, en fait, se retirer peu à peu du domaine musical. L’État continue à le soutenir, mais au travers de dispositifs indirects, comme les crédits d’impôt. L’heure des subventions – et donc d’un ministère de la Culture interventionniste – semble de plus en plus lointaine. Ce qui donne, de facto, plus d’importance au privé. On l’a vu avec Notre-Dame de Paris : les grands groupes peuvent débloquer en quelques heures des montants faramineux. Désormais, le mécénat n’est plus seulement le “fait du prince”, d’un patron épris de culture. La philanthropie s’inscrit dans une démarche stratégique. Pour certaines entreprises, le but peut être de redorer un blason terni par des crises sociales ou économiques. Le soutien à la culture de ces philo-entrepreneurs est un investissement calculé avec, éventuellement, des retombées sur les choix artistiques.

Vis-à-vis de l’État comme du secteur privé, la musique doit pouvoir toujours rester le plus indépendante possible. Le CNM aura pour mission d’être un ­observateur vigilant. Et surtout, doté d’un vrai rôle dans le paysage culturel. S’il arrive à avoir le même poids que le CNC dans le monde du cinéma, il aura rempli sa mission.

Antoine Pecqueur